
RDC : Denis Mukwege alerte sur une « dérive institutionnelle »après une série de démissions
Lemandatexpress – Face à la vague de démissions qui secoue les plus hautes sphères de l’État en République démocratique du Congo, le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, est sorti de sa réserve.
Dans une déclaration rendue publique ce lundi, le célèbre médecin congolais exprime une profonde inquiétude quant à l’évolution du climat politique national.
Depuis plusieurs semaines, des figures majeures de la scène politique, dont Vital Kamerhe et Modeste Bahati, ont été poussées à quitter leurs fonctions. En cause, notamment, leurs prises de position divergentes sur l’éventualité d’une révision constitutionnelle.
Pour Denis Mukwege, dont la publication est relayée par le Journal de Kinshassa, ces départs en série ne sont pas anodins. S’ils s’inscrivent formellement dans le jeu démocratique, ils interrogent cependant sur leurs véritables motivations.
Le lauréat du Nobel dénonce ainsi une « dérive institutionnelle » qui, selon lui, traduit un déséquilibre inquiétant dans le fonctionnement des institutions.
Une « inversion des rôles » préoccupante
Au cœur de son analyse, Denis Mukwege évoque une « inversion des rôles » : les élus, censés représenter la voix du peuple, se retrouveraient sanctionnés pour avoir exprimé leurs convictions. Une situation qu’il juge préoccupante dans un pays où l’équilibre des pouvoirs demeure fragile.
Le médecin de Panzi rappelle que la démocratie repose avant tout sur la pluralité des opinions. Réduire au silence les voix discordantes reviendrait, selon lui, à affaiblir les fondements mêmes du système démocratique.
Loyauté ou renoncement ?
Denis Mukwege ne cache pas non plus son amertume face à l’attitude de certains responsables démissionnaires. Après leur départ, plusieurs d’entre eux ont réaffirmé leur loyauté envers le chef de l’État, abandonnant ainsi les positions qui avaient motivé leur éviction.
Pour le Nobel de la paix, cette posture s’apparente à un renoncement. Il appelle les acteurs politiques à faire preuve de « dignité » et de « courage », en assumant pleinement leurs convictions, même lorsqu’elles vont à l’encontre du pouvoir en place.
Un message adressé au sommet de l’État
Au-delà des élus concernés, Denis Mukwege interpelle directement le président de la République. Il l’exhorte à privilégier l’intérêt général et à se prémunir contre les influences de son entourage politique.
Selon lui, la RDC a besoin d’un leadership capable de dépasser les logiques partisanes et les luttes de clans, au profit des valeurs républicaines et de l’intérêt national.
Une démocratie sous tension
Pour Denis Mukwege, cette succession de démissions forcées constitue un signal d’alarme. Loin d’être de simples ajustements politiques, elles révèlent un malaise plus profond au sein des institutions.
« L’uniformité politique fragilise la démocratie », prévient-il, rappelant les dérives autoritaires qu’a connues le pays par le passé.
À l’approche d’échéances électorales importantes, la question de la liberté d’expression des élus et de l’indépendance des institutions reste plus que jamais d’actualité. Par cette prise de parole, Denis Mukwege relance le débat et met en garde contre les risques d’un affaiblissement démocratique.
Reste désormais à savoir si cet appel sera entendu ou s’il restera lettre morte face aux enjeux politiques du moment.
M. Galé
Lemandatexpress.net







