
SAF 2026: Le Sommet des Filles s’impose comme un moteur panafricain de changement à Yamousoukro
Yamoussoukro n’est pas seulement, cette semaine, la capitale politique de la Côte d’Ivoire. Elle est devenue, du 31 mars au 3 avril 2026, l’épicentre d’un mouvement inédit porté par celles et ceux que l’on entend encore trop peu : les adolescentes et les adolescents. À l’occasion de la troisième édition du Sommet des Filles Adolescentes (SFA), 250 jeunes issus de plus de vingt pays ont pris les rênes d’un rendez-vous désormais incontournable du militantisme pour l’égalité de genre en Afrique.

Ici, à l’hôtel Les Palaces, le ton est donné : ce sommet n’est pas un cadre classique de conférences où les adultes dictent la parole. Il est pensé, organisé et animé par des jeunes âgés de 10 à 19 ans, épaulés par quelques alliés adultes. Modérateurs, facilitateurs, intervenants : ils occupent tous les rôles, transformant l’événement en un véritable laboratoire d’idées, d’engagement et d’actions concrètes.
Pour Samira, 14 ans, co-organisatrice ivoirienne, l’enjeu est clair : « Les adolescentes n’ont pas souvent d’espace où elles peuvent parler librement des difficultés qu’elles vivent. Le SFA crée un cadre sécurisé pour s’exprimer, apprendre leurs droits et agir ensemble. » Une parole qui résonne d’autant plus fortement que le contexte mondial est préoccupant.
Selon l’UNICEF, l’Afrique de l’Ouest et du Centre concentre six des dix pays où les mariages d’enfants sont les plus répandus. Une fille sur deux en âge de fréquenter le secondaire n’est pas scolarisée, tandis que neuf nouvelles infections au VIH sur dix chez les adolescents concernent des filles. À cela s’ajoutent les effets des récentes coupes dans l’aide internationale.
D’après Save the Children, près de 167 millions d’adolescentes sont directement affectées dans les pays les plus marqués par les inégalités de genre.
Face à cette réalité, les jeunes réunis à Yamoussoukro refusent le fatalisme. Le SFA 2026 s’inscrit comme une réponse audacieuse : les solutions doivent venir des premiers concernés. Pendant quatre jours, les participants planchent sur des thématiques clés telles que la résilience et le leadership, l’innovation au service de l’égalité, la santé sexuelle et reproductive, ou encore le dialogue intergénérationnel avec les décideurs.
Autre évolution notable : l’implication assumée des garçons et des jeunes hommes. Loin d’être en retrait, ils participent activement aux échanges, notamment à travers des sessions dédiées aux masculinités positives. « L’égalité ne peut pas se construire qu’avec les filles », souligne Reine Celine, 17 ans, venue de Guinée. Un point de vue partagé par William, 21 ans, de Sierra Leone, pour qui le sommet a permis de « remettre en question les normes sociales néfastes et promouvoir une masculinité responsable ».

L’ambition du SFA dépasse désormais le cadre d’un simple événement. Né en 2022 au Libéria avec une centaine de participants issus de trois pays, le sommet a connu une croissance rapide. L’édition 2026 marque un tournant, avec 250 jeunes venus de 25 pays, y compris d’Europe et d’Amérique latine. Le choix de la Côte d’Ivoire, pays francophone, répond à une volonté d’inclusion linguistique exprimée par les jeunes eux-mêmes.
Pour les organisateurs, l’objectif est désormais clair : faire du SFA un véritable mouvement panafricain. « Nous voulons construire une dynamique portée par les adolescents qui défient les normes néfastes au bien-être des filles », a affirmé Amé Atsu David, co-directrice régionale Afrique de Global Fund for Children. Une ambition qui devrait se poursuivre avec une quatrième édition prévue en Afrique de l’Est.
À l’ouverture, Hayley Roffey, co-directrice générale de l’organisation, a rappelé les enjeux économiques et sociaux de l’égalité de genre : un levier capable, selon elle, de générer plus de mille milliards de dollars pour l’économie africaine et de sortir 80 millions de personnes de l’extrême pauvreté. Mais au-delà des chiffres, son message s’adressait directement aux jeunes : « Vous n’êtes pas les leaders de demain. Vous êtes les leaders d’aujourd’hui ».
Même son de cloche du côté de Jean François Basse, représentant de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, qui a relayé le slogan porté par les adolescentes lors d’un sommet à Dakar : « Rien pour nous, sans nous ». Un appel à placer les filles au cœur des politiques publiques et à transformer les engagements en résultats concrets.
Le sommet s’achèvera par la présentation d’un plan d’action 2026-2028 élaboré par les jeunes eux-mêmes, preuve que leur engagement ne se limite pas à des discours.
À Yamoussoukro, une génération est en train de s’affirmer, de s’organiser et de revendiquer sa place.
Sidoine Koffi







