
Pétrole et gaz : la Côte d’Ivoire accélère sa stratégie pour atteindre 10 millions de tonnes d’ici 2030
Lemandatexpress – La Côte d’Ivoire affiche clairement ses ambitions énergétiques. Face à une demande en constante hausse et à une dépendance persistante aux importations, le pays veut porter sa capacité de production de produits pétroliers à 10 millions de tonnes par an à l’horizon 2030.
Au cœur de cette stratégie, la Société ivoirienne de raffinage (SIR). Actuellement, l’unique raffinerie du pays dispose d’une capacité de traitement de 3,8 millions de tonnes de pétrole brut par an. En 2025, la production s’est établie à 3,2 millions de tonnes, en recul de 15,8 %, notamment en raison de contraintes techniques.
Une deuxième raffinerie pour changer d’échelle
Pour réduire sa dépendance aux importations de produits raffinés, la Côte d’Ivoire mise sur la construction d’une seconde raffinerie moderne, nous apprend Jeune Afrique. Le projet, encore en discussion sur ses modalités financières et son actionnariat, devrait permettre non seulement de couvrir les besoins nationaux, mais aussi d’approvisionner des pays voisins comme le Mali et le Burkina Faso.
« L’objectif est de garantir notre autonomie énergétique tout en devenant un hub sous-régional », explique Tiotioho Soro, directeur général de la SIR.
Aujourd’hui, malgré son statut de pays producteur de pétrole, la Côte d’Ivoire reste contrainte d’importer une partie importante de ses besoins, en raison de l’insuffisance de ses capacités de transformation.
Pressions internationales et solutions africaines
Cette dépendance est d’autant plus problématique dans un contexte international instable. La crise énergétique mondiale, aggravée par les tensions au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz, a fortement impacté les circuits d’approvisionnement.
Dans ce contexte, la méga-raffinerie de Dangote Refinery, propriété du milliardaire nigérian Aliko Dangote, s’impose comme un acteur clé en Afrique. Avec une capacité de production estimée à 650 000 barils par jour, elle redistribue désormais ses produits raffinés dans plusieurs pays du continent, dont la Côte d’Ivoire.
Selon plusieurs sources, la SIR s’approvisionne pour la première fois auprès de cette infrastructure, via le négociant panafricain Sahara Group.
Une complémentarité plus qu’une dépendance
Pour la direction de la SIR, il ne s’agit pas d’un basculement stratégique mais d’un ajustement conjoncturel. « Il ne faut pas parler de rapprochement mais de complémentarité », insiste Tiotioho Soro. En clair, si la SIR disposait d’excédents, les mêmes acteurs viendraient s’y approvisionner pour alimenter la sous-région.
Car la demande en produits pétroliers reste très forte en Afrique de l’Ouest, où les capacités de raffinage demeurent limitées.
À ces défis structurels s’ajoutent des contraintes opérationnelles. La SIR a récemment dû suspendre environ 25 % de sa capacité de production pour des travaux de maintenance réglementaires. Une unité clé — la distillation atmosphérique, première étape du raffinage — a été arrêtée pour inspection métallurgique. Ces opérations, réalisées tous les six ans, durent entre 45 et 60 jours.
Un dispositif de veille face à la crise
Pour anticiper les effets de la volatilité des marchés, les autorités ivoiriennes ont mis en place un comité de suivi piloté par le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly. Il à pour mission de urveiller l’approvisionnement du pays et limiter les impacts financiers de la crise énergétique.
Parallèlement, la SIR assure maintenir une sélection rigoureuse de ses partenaires et sécuriser ses importations via des appels d’offres.
Avec un chiffre d’affaires de 2 529 milliards de FCFA en 2024, la SIR reste un pilier de l’économie ivoirienne. Mais pour répondre aux besoins croissants du marché national et sous-régional, le pays doit impérativement changer d’échelle.
La future raffinerie, si elle voit le jour dans les délais, pourrait marquer un tournant majeur : celui d’une Côte d’Ivoire moins dépendante et plus influente dans la géopolitique énergétique ouest-africaine.
Martial Galé







