
Tensions autour de la présidentielle en Côte d’Ivoire : le RHDP met Gbagbo et l’opposition devant leurs responsabilités
Lemandatexpress – À l’approche de la présidentielle ivoirienne, les mots fusent et les attaques se durcissent. Tandis que Gbagbo dénonce un « passage en force » de Ouattara, le RHDP réplique en dénonçant une stratégie de tension et en mettant l’opposition devant ses responsabilités.
L’opposition Ivoirienne est vent debout, avec pour axe de communication principale, la contestation de la candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle d’octobre. Elle pointe un « 4ᵉ mandat », en violation, selon elle, de l’esprit de la Constitution. La marche du Front Commun (9 août) et le meeting de Laurent Gbagbo, le week-end d’après, ont servi une nouvelle fois d’exutoire dans cette logique dénonciation.
Le RHDP recadre le débat
En réaction, Kouassi Adjoumani, lors de la dernière édition des Rendez-vous du RHDP, a décoché des critiques contre l’ancien président Laurent Gbagbo et ses alliés, accusés de « stratégie de tension » et de discours dangereux.
Pour le porte-parole principal du parti au pouvoir, Laurent Gbagbo « vit dans l’ignorance » concernant la Constitution de 2016, qui a consacré la naissance de la 3ᵉ République.
“Il ne sait pas qu’il y a eu la 3ᵉ République, et qu’au niveau de la 3ᵉ République, le président Alassane Ouattara a fait son premier mandat. Maintenant, nous sommes au 2ᵉ mandat de la 3ᵉ République. Gbagbo ne reconnaît pas cela, pourtant il y a eu des décisions qui l’ont concerné. Si vous dites que le 1ᵉʳ mandat de la 3ᵉ République n’existe pas, donc qu’est-ce qu’on fait ? On va repartir à la case départ pour dire que toutes les décisions sont annulées, y compris celles qui l’ont concerné », a martelé le ministre de l’Agriculture.
Des accusations de xénophobie contre le PPA-CI
Face aux appels de l’opposition à manifester contre la candidature de Ouattara, Adjoumani a haussé le ton. « Aujourd’hui, si vous cassez, vous payez cash ; si vous tuez, vous en payez le prix. Que ceux qui s’agitent réfléchissent à deux fois avant de se lancer dans cette aventure à haut risque, car la justice ivoirienne est vigilante. »
Une menace à peine voilée qui rappelle, selon lui, que « la liberté d’expression n’est pas synonyme d’anarchie » et que « force restera à la loi».
Revenant sur la marche du Front Commun du 9 août, marquée par des slogans hostiles aux étrangers, Adjoumani a dénoncé une « rhétorique guerrière » et des « propos xénophobes.» « Ce n’était pas des excuses que Gbagbo présentait à Yopougon, il était plutôt venu amplifier ce que ses disciples ont dit. Tous ses militants étaient présents… Il les a envoyés parler. Maintenant que ça fait désordre, il vient faire semblant », s’est indigné le porte-parole du RHDP.
L’opposition contre-attaque
Du côté du PPA-CI, les répliques n’ont pas tardé. Laurent Gbagbo avait déjà fustigé, lors de son meeting à la place Ficgayo, une « confiscation du pouvoir » par Ouattara et dénoncé un « passage en force inacceptable ». « Nous avons écrit une Constitution pour éviter les présidences à vie. Mais voilà qu’on veut nous imposer un 4ᵉ mandat. C’est une dérive autoritaire que nous devons combattre», a-t-il prétendu.
Même son de cloche au PDCI-RDA, où Jean-Louis Billon a déclaré récemment : « Le président Ouattara a certes le droit d’être candidat au sens strict de la Constitution, mais au regard de l’esprit de 2016, il s’agit bel et bien d’un 4ᵉ mandat. C’est une provocation pour la paix sociale. »
Entre tension et appel à la responsabilité
Le camp présidentiel, lui, se dit serein. Selon Adjoumani, le RHDP « reste attaché à un processus électoral apaisé » mais ne tolérera « aucun désordre orchestré ». Un message relayé par d’autres cadres houphouëtistes. Adama Bictogo, président de l’Assemblée nationale, avait averti en juillet : « Ceux qui rêvent de remettre en cause la stabilité de la Côte d’Ivoire doivent savoir qu’ils trouveront le peuple et ses institutions en face d’eux. »
Au final, on assiste à une bataille autour de la Constitution. Si l’opposition campe sur la dénonciation d’un « mandat de trop », le RHDP insiste sur la légalité et avertit que « l’État ne reculera pas ». Un climat qui laisse craindre que le scrutin se joue autant dans les urnes que dans la rue.
M.Galé







